lundi 16 septembre 2013

XII. Femme, Maquillage et Esthétique




A. Coran :

(7:31-32) : " Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de Salât portez votre parure (vos habits). Et mangez et buvez; et ne commettez pas d’excès, car Il [Allah] n’aime pas ceux qui commettent des excès. Dis: «Qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures?» Dis: «Elles sont destinées à ceux qui ont la foi, dans cette vie, et exclusivement à eux au Jour de la Résurrection.» Ainsi exposons-Nous clairement les versets pour les gens qui savent."

- Cet extrait encourage à se parer de ses plus beaux habits en allant à la mosquée, par conséquent sortir dehors dans un bel accoutrement est conforme au Coran.



Dans un hadith, le Prophète entre chez une femme et la trouve bien entretenue et lui dit : " Je vois que tu t'es faite belle, peut-être souhaite-tu te marier ? Cependant ta période de veuvage n'est pas arrivée à son terme, tu dois patienter quatre mois et dix jours ".


B. Les hadiths :

B-1. Selon un hadith considéré sain, le Prophète a interdit la soie et l'or aux mâles, et autorisé cela pour les femmes. 

B-2. De même, les habits jaunes et rouges sont prohibés aux mâles mais permis aux femmes de la bouche de Muhammad. 

B-3. Pareillement, teindre les cheveux est laissé libre. La couleur noire est selon certains prohibée, mais si la substance n'est pas du henné noir nocif cela est permis aussi. Sukayna (petite-fille) du Prophète par Hussayn bouclait ses cheveux et soutenait qu'il n'est pas impératif de les voiler. 

B-4. Colorer ses ongles avec du henné ou autres cosmétiques est de même permis. 

B-5. Le Prophète a dit selon une source fiable ceci : " Le cosmétique de l'homme est sans couleur mais parfumé, celui de la femme colore mais ne sent pas. "

B-6. Il est interdit à une veuve de se maquiller durant quatre mois et dix jours. 

B-7. Il est permis de teindre ses cils et paupières. Il en est de même pour les lèvres et autres parties du corps... A l'époque, les femmes mordillaient et mouillaient leurs lèvres pour les rendre plus rouges et pulpeuses.

B-8. Il existe des hadiths prohibant de faire un chignon, se raser les sourcils ou faire des tatouages définitifs. Cependant l'excédant de pilosité peut être diminué. Quant aux perruques, l'avis le plus pertinent est que si il s'agit d'implants permanents, cela est permis. 

B-9. Les transformations des seins et des organes sexuels pour des besoins sanitaires est également autorisé par de nombreuses fatwas.


B-1. Les perruques :

Les femmes Juives de Yathrib se rasaient complètement le crâne afin de ne pas exhiber un seul cheveux même chez-elles, tandis qu'elles se paraient de perruques luxuriantes et ostentatoires, et le Prophète interdit de les imiter aux musulmanes. 

Selon un hadith, un jour une jeune femme, semble-t-il, subit une perte de cheveux liée à un effluvium télogène avant son mariage. Aïcha aussi rapporte avoir subi une chute de cheveux après une très forte fièvre dans sa jeunesse, témoignant que cela était un phénomène connu dans la région à l'époque. 

" Une dame des Ansar avait donné sa fille en mariage. Mais sa fille avait subi une perte de cheveux. Celles-ci vinrent chez le Prophète et dirent : - ' Son futur époux a exigé à ma fille de les rallonger de mèches '. Le Messager répondit :  - ' Non. Celles qui rallongent leurs cheveux de fausses mèches ont été maudites.

Aïcha rapporte ceci : « Quand nous nous rendîmes à Médine, j'eus de la fièvre pendant un mois, et perdis mes cheveux; mais ils repoussèrent. »


B-2. La maladie lève les interdits :


Dans le contexte social de l'époque, il n'existait pas de vaccin, et régulièrement, des femmes subissaient des pertes de capillaires à la suite de fortes fièvres survenues à cause de la rougeole (effluvium telogène). Or, cela était connu pour ne pas être chronique, et était passager. Une mère demanda ainsi de faire porter des rallonges de mèches à sa fille à l'occasion des festivités de mariage. C'est cela qui est prohibé par le Prophète dans le récit cité plus haut. Les Juives de Yathrib se rasaient le crâne complètement et portaient ensuite de grandes perruques ostentatoires. Ainsi elles s'enlaidissaient en se rasant les cheveux, mais se faisaient belles avec des perruques chatoyantes.


Abu Hurayra rapportait avoir entendu le Messager dire : « II y avait parmi les Fils d’Israël trois hommes : un lépreux, un aveugle et un chauve... Décrétant de les éprouver, Allah leur envoya un ange. Ce dernier vint dire au lépreux : "Qu’est-ce que tu aimes le plus ?  — Les gens me trouve répugnant, répondit le lépreux, je veux bien avoir un beau teint et une belle peau." Sur ce, l’ange lui essuya la peau et l’homme de voir [la lèpre] disparaître en cédant la place à un teint et une peau beaux. (...) Il s’adressa ensuite au chauve et lui dit : "Qu’est-ce que tu aimes le plus ?  — Une belle chevelure, répondit l’homme." En effet, l’ange lui essuya [la tête] et l’homme eut tout de suite une belle chevelure. (...) »


Au sujet de la calvitie, un hadith supra rapporté par al-Bukhari explique comment un Ange vint chez une personne dans le passé pour lui rendre une belle chevelure. Or, ce récit témoigne que la calvitie est à concevoir comme une maladie ou une pathologie à soigner au même titre que la lèpre ou la cécité. Par conséquent le hadith prohibant la perruque à la jeune mariée se fonde sur une autre raison que d'ordre médical. En cas de calvitie chronique, la perruque peut être comparée à une quelconque autre prothèse. Et nous trouvons un cas de prothèse de nez en or fait fabriquer pour un compagnon du nom d'Arfajah ibn Sa'd al-Kinani sur ordre du Prophète, après qu'il en fut amputé lors d'une bataille. De même, le Prophète aurait, d'après Anas permis à deux compagnons Zubayr et Abd al-Rahman ibn al-Awf de porter des habits de soie, pourtant prohibés pour les mâles à cause de très violentes démangeaisons. Or, des hadiths sains disent pareillement à ce hadith de la perruque que les mâles portant des vêtements de soie en seront privés au paradis.



Humayd ibn Abd al-Rahman a entendu Muawiya prononcer ces paroles sur le minbar du Prophète l'année où il fit le pèlerinage, après avoir saisi une touffe de cheveux des mains d'un garde : "O Médinois, où sont donc vos savants ? J'ai entendu le Prophète interdire ceci en ces termes : "Les fils d'Israël ont courru à leur perte quand leurs femmes s'en sont parées." (al-Bukari, Libas.) 

* Ceci constitue la base de la prohibition du port ostentatoire de la perruque.


E. Raser les sourcils :

Dans un hadith nous lisons : " Dieu a maudit les namisat ".

عَنْ عَلْقَمَةَ عَنْ عَبْدِ اللَّهِ قَالَ
لَعَنَ اللَّهُ الْوَاشِمَاتِ وَالْمُسْتَوْشِمَاتِ وَالنَّامِصَاتِ وَالْمُتَنَمِّصَاتِ وَالْمُتَفَلِّجَاتِ لِلْحُسْنِ الْمُغَيِّرَاتِ خَلْقَ اللَّهِ
Ici aussi, il est fort probable qu'il s'agisse de même d'une pratique juive consistant à épiler complètement le corps. Il y a divergence au sujet du sens du terme نامصة [namiṣaʰ]Le sème مص [maṣ] suggère l'idée de sucer de lécher. Il semble que le terme moustique (ناموس) semble dériver de ce mème sème comme il suce le sang,  ou encore le nom en arabe pour le rat de Pharaon (نمس) : chasseur de serpents, qui avale les serpents. Il apparait ainsi que nous devons comprendre l'idée d'arracher les poils, avec une ficelle ou de la cire. Sans doute pour le corps en entier.

Il ne semble pas acquis que l'épilation ponctuelle soit visée par ces propos. Une mode au Moyen-Âge consistait en effet à supprimer les sourcils complètement et à épiler les cheveux en haut du front en sorte de montrer un front plus étendu considéré comme un canon de beauté à l'époque. Les cils mêmes étant arrachées parfois. D'où peut-être l'idée de sucer..

- Les Juives rasaient complètement leurs sourcils au point de complètement dénuder leurs visages. Une pratique remontant apparement à l'Egypte Ancienne. Cette suppression des sourcils au Moyen-Âge était une mode visant à exhiber un front plus étendu. Le Prophète recommandait par ailleurs l'épilation des aiselles, du pubis et le raccourcissement des cheveux. Il ressort que ce hadith concernait la suppression complète des sourcils ou des poils du corps. Il est plausible que les femmes de Yathrib cherchaient à imiter les Juives plus cultivées de la cité. L'interdiction par certains juristes d'ôter même un seul poil du visage se fonde pourtant sur ce hadith. Tandis que certains autres juristes autorisent à enlever les moustaches et barbes chez la femme. La cause de la prohibition dans ce hadith semble être l'altération de l'apparence naturelle. Il ne devrait y avoir aucune crainte à des retouches esthétiques n'altérant pas l'apparence naturelle. Ainsi les cosmétiques sont tolérés. La prohibition par le Prophète de cette pratique semble bien découler du dégoût suscité par ces déformations sur le visage de la femme, qui seraient contre-nature.

Hérodote racconte, au V° siècle avant Jésus, le caractère sacré du chat chez les Egyptiens, lorsqu'un chat meurt, les habitants de la maison se rasent les sourcils en signe de deuil, et ils se rasent tout le corps en guise de deuil si c'est un chien qui meurt[1].




F. Teindre ses cheveux en noir :

Le henné noir peut provoquer des soucis tels que rendre les cheveux verts. Pire, selon sa préparation il peut provoquer de sévères irritations cutanées. L'hypothèse que le Prophète déconseille de colorer les cheveux avec le cosmétique noir peut être simplement lié à cela. 

La question de la prohibition de colorer les cheveux en noir découle plausiblement de cet incident. Lorsque le père d'abu Bakr entra dans l'islam, on l'amena chez le Prophète. C'était le jour de la conquête de la Mecque. abu Quhafa est décrit dans les récits comme ayant une chevelure intensément blanche. Le Prophète aurait alors dit : " Changez cette couleur blanche avec une chose et éviter la chose noire " (al-Bukhari.)

Selon de nombreux juristes, la coloration en noir des cheveux chez les plus jeunes a été tenu pour permise. Ainsi Sa'd ibn abi Waqqas, Uqba ibn Amir, Hassan, Hussayn ou encore d'autres comme Jarir sont rapportés comme se colorant les cheveux en noir. Anas ibn Malik rapporte qu'abu Bakr teignait ses cheveux avec un mélange de henné et de katm,  tandis qu'Umar les colorait simpement au henné (rouge)[2].

Quant à cette prohibition, diverses interprétations ont été avancées. Certains juristes ont considéré cela comme une interdiction catégorique. D'autres ont lié cela à l'âge. Or, il est plausible que le Prophète ait simplement craint que la coloration au henné noir de la chevelure blanche du vieil homme lui ait donné une frimousse verdoyante humiliante ou déteignant vers du jaune. Ce qui est acquis à ce sujet est l'encourragement du Prophète à colorer les cheveux et la barbe sans spécification de couleur, que ce soit en blond, roux ou autre. Le cas d'abu Quhafa semble donc mal compris, il est probable qu'il s'agissait d'un simple conseil personnel et avisé. L'encouragement à colorer les cheveux gris ou blancs est même l'idée de base de l'incitation à utiliser une coloration. Reste que dans certains hadiths, nous apprenons que le Prophète lui-mêm usait d'un mélange de henné rouge et de katm pour noircir ses cheveux. 

Enfin, un certain hadith faible parlant de personnes colorant leurs cheveux dans une couleur noire intense tel la poitrine d'une colombe qui ne sentiront pas l'odeur du paradis. Ce hadith n'est pas fondé, mais tenu pour argument par certains en le consolidant sur base du hadith d'abu Quhafa étudié plus haut. 


G. Le maquillage est perçu comme un signe de féminité par Muhammad :

G-1. Si tu étais une femme tu aurais changé la couleur de tes ongles...

Aïcha rapporte qu'un jour une femme avança la main vers de prophète de derrière un rideau pour prêter serment d'allégence. Le Prophète aurait saisi sa main et demandé : " Je ne sais pas, est-ce là la main d'un homme ou celle d'une femme ? ". La femme répondit : " C'est la main d'une femme. ". Sur ce, le Prophète lui dit : " Si tu étais une femme, tu aurais changé la couleur de tes ongles. " (abu Dawud)


G-2. Obligation de se maquiller en dehors du veuvage :

Zaynab bin Salama rapporte : " Lorsque son père, abu Sufyan ibn Jarb décéda, Umm Habiba entama son deuil. On lui a envoyé plus tard un récipient contenant un cosmétique jaune. " Par Dieu, je n'éprouve aucune envie de me faire belle, mais j'ai entendu le Messager dire depuis son minbar : " La femme qui croit en Dieu ne doit rester en deuil et cesser de se maquiller plus de quatre mois et dix jours que pour son époux défunt " D'après cela, le maquillage de la femme n'est pas un droit, mais une nécessité.





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[1] L. Lareher, Histoire d'Hérodote, II : 56-57. éd. Musier & Nyon. (Paris, 1796)
[2] Qardawi, Fatawas p. 103.

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